« Dans leurs yeux » : le court métrage sur l’entrepreneuriat social en Afrique de l’Ouest

Maxime delacourt de Ricochets

Maxime Delacourt a co-fondé le projet Ricochets, avec Simon Chaillou.

Le projet Ricochets vise à promouvoir l’entrepreneuriat social en Afrique de l’Ouest et en particulier au Sénégal, au Burkina Faso et au Bénin. L’équipe Ricochets a sillonné pendant 5 mois ces 3 pays à la rencontre des entrepreneurs qui ont un impact réel et positif sur la société.

Le court-métrage « Dans leurs yeux » retrace leur cheminement, au travers de 7 étapes : 1. Observer autour de soi, 2. Savoir où s’investir, 3. Gérer le regard des autres, 4. Passer à l’action, 5. Se battre pour son projet, 6. Obtenir des résultats, 7. S’épanouir.

Dans cette tribune, Maxime Delacourt nous partage son regard sur ces entrepreneurs inspirants, acteurs du changement.

“”Rien ne sert de réussir si les autres autour de moi ne réussissent pas aussi”

Cette phrase de Mathieu Aly Faye, jeune entrepreneur sénégalais dans l’agro-écologie, reflète bien tout l’enjeu du développement de l’entrepreneuriat en Afrique de l’Ouest.

A l’heure où les états peinent à relever les défis que l’Afrique de l’Ouest connaît (agriculture, énergie, développement durable, santé, eau et assainissement, …), une poignée d’hommes et de femmes créent des entreprises avec un état d’esprit bien particulier. Leur principal objectif : résoudre les problèmes auxquels sont confrontés leur communauté et améliorer leur qualité de vie par la création d’entreprises, responsables et économiquement viables.

Pourtant, face aux réalités que tout entrepreneur de ces pays d’Afrique de l’Ouest connaît, les barrières paraissent infranchissables pour ces jeunes qui souhaitent entreprendre pour l’intérêt commun.

Michel Babadjidé
A la Maison du Paysan, Michel Babadjidé forme les paysans béninois.

Un contexte sociétal défavorable

La famille apparaît souvent comme le premier obstacle majeur à la création de ce type d’entreprise. Alors que les parents attendent de leur enfant qu’il apporte une aide financière pour la famille, le choix de l’entrepreneuriat représente une prise de risque souvent mal perçue. A contrario, le fonctionnariat, assure, lui,  sécurité de l’emploi, hauts salaires et reconnaissance sociale. Difficile de lutter dans ce contexte-là.

Imaginez alors qu’en plus de cela, l’entrepreneur tente de répondre à un problème de société, faisant passer l’intérêt commun avant l’intérêt personnel. Incompris, ces entrepreneurs sociaux se retrouvent alors en décalage par rapport à une majorité pour qui l’enrichissement personnel et la reconnaissance sociale est la priorité.

Le nerf de la guerre : le financement

C’est également l’une des principales interrogations pour tout jeune entrepreneur. Cmment prouver à des investisseurs que son projet est viable malgré sa jeunesse et son manque d’expérience ? Alors que les banques présentent des taux d’emprunt qui sont ceux de l’usure, que les aides des états ne sont pas légions et que le crowdfunding ne donne pas encore de résultats pleinement suffisants, il n’existe que peu de possibilités pour ces jeunes en soif de création.

« Quand j’ai commencé mon projet, je n’avais que 20 ans et 30 000 FCFA. 30 000 FCFA, ça fait même pas 50 euros. Mais on voulait juste prouver aux gens que c’était possible. »

Du haut de ses 23 ans, Yaye Souadou Fall est déjà à la tête d’une entreprise de 8 personnes. Malgré le manque de financement, cette entrepreneure sénégalaise a trouvé des solutions. Candidater aux appels à projets ou avoir une autre activité génératrice de revenus en parallèle de son entreprise sont des alternatives au financement son projet.

Le développement d’internet, des incubateurs d’entreprises ou encore du microcrédit peuvent aussi aider à la croissance de ces jeunes pousses prometteuses, dont l’avenir de l’Afrique dépend en partie. Quoi qu’il arrive, une détermination sans faille et un dévouement total à son projet restent indispensables.

“La situation socio-économique est toujours défavorable dans l’entrepreneuriat, c’est classique. Face à ça qu’est-ce qu’on fait ? C’est développer des peaux de crocodiles, être vraiment fort. Ce sont les gens qui vont en être capables de faire ça qui vont réussir”

Godfrey Nzamujo, Directeur du centre Songhaï au Bénin, résume bien l’état d’esprit à développer. Qu’il s’agisse d’entrepreneuriat pour soi ou pour les autres, il faut se battre avec ses armes pour réussir.

Avec sa mère, Elienaï Delma gère le Centre Adaja, qui forme gratuitement les femmes au tissage au Burkina Faso.

A la clé ? Satisfaction et épanouissement

Ils sont nombreux a relever tous ces obstacles, pour parvenir à mettre en place des solutions locales, adaptées à leurs problématiques et qui contribuent au développement humain et économique de leur région. Ils montrent ainsi à ceux qui en doutent encore que l’entrepreneuriat peut aller de pair avec un impact social et environnemental positif.

Ces entrepreneurs du changement tracent aujourd’hui un chemin empruntés par de plus en plus de monde. Sur cette voie, la réussite est tout autant personnelle que communautaire. Et si cette vision communautaire permettait à l’Afrique de l’Ouest de s’épanouir, elle aussi ? Un chemin reste encore à construire, ensemble.

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A propos de l'auteur /

morgane@sekou.org

Après plusieurs années dans les RH, j'ai développé un sens relationnel aigu et une réactivité à toute épreuve. Curieuse invétérée qui s’émerveille d’un rien, j'ai pris le virage du digital à travers la création de contenus web et le social media. Mes domaines de prédilection : l’art, les nouvelles technologies, l’environnement et la photo.

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