Investissement en Afrique : l’analyse de Youssouf Carius

Youssouf Carius, fondateur de Pulsar Partners

Ce n’est une surprise pour personne, tous les yeux sont tournés vers l’Afrique. Avec sa croissance économique toujours positive, malgré un ralentissement ces deux dernières années, le continent séduit de plus en plus d’investisseurs. Levées de fonds record, augmentation de la valeurs des transactions… 

La situation reste néanmoins hétérogène sur le continent. Tendance ou nouvel eldorado ? Analyse de Youssouf Carius, fondateur de la société d’investissement ivoirienne, Pulsar Partners.

Trentenaire, Youssouf Carius est déjà une référence dans le secteur économique et financier africain. Diplômé de la Toulouse School of Economics, il s’oriente rapidement vers le domaine du conseil. Après être passé dans plusieurs cabinets prestigieux (BearingPoint, IRI, Accenture), Youssouf prend la décision de quitter Paris et intégre l’agence de notation Bloomfield Investment, une agence 100% ivoirienne qui compte parmi les premières agences de notations africaines.

Alors Vice président et Chef Economiste, il quitte l’agence en 2016 pour lancer sa propre société d’investissement, Pulsar Partners. Pour SÉKOU, Youssouf Carius livre son analyse du marché de l’investissement en Afrique.

Nous prouvons chaque jour que le continent est une véritable mine d’opportunités pour qui sait y investir.

Le boom du private equity 

Augmentation de la valeurs des transactions, levées de fonds record… Le private equity (fonds d’investissements qui investissent dans des sociétés sélectionnées selon certains critères, ndlr) a le vent en poupe sur le continent. La croissance économique et démographique offre un nouvel élan à l’Afrique et attire en effet de nombreux investisseurs. Youssouf Carius le confirme, il s’agit encore d’un phénomène naissant, en phase embryonnaire et en manque d’acteurs :

« La plupart des acteurs présents se concentrent sur des tickets beaucoup trop élevés compte tenu des besoins identifiés sur le terrain. Pour l’instant, l’offre de finance en private equity sur le continent africain s’adresse en grande partie à des cibles déjà très importantes. Des entreprises que l’on pourrait qualifier de très grosses PME, voire des grandes entreprises déjà à la maturité de leur business modèle. »

Quels secteurs attirent les investissements ?

Avec le développement du paiement par mobile, la finTech reste un secteur porteur. Les infrastructures sont faibles et le taux d’équipement mobile de la population continue de croître. La transition numérique offre également de belles opportunités dans d’autres secteurs :  de la healthTech (santé) à l’edTech (éducation), en passant par la cleanTech (éco-technologies) et l’agriTech (agriculture).

Pour Youssouf Carius, il y a également une forte concentration des besoins en infrastructure au sens large ainsi qu’en industrie manufacturière et dans la grande distribution. Mais attention à ne pas généraliser et à bien étudier le marché local:

« Les niveaux de risque diffèrent, ce qui est une opportunité en infrastructure en Côte d’Ivoire peut ne pas en être une au Niger. Certes, les besoins existent mais le triptyque opportunité/rendements/risque n’est pas forcément le même d’un pays à l’autre, voire d’une région à l’autre. »

Graphique - Part de la population équipée d'un téléphone mobile

Startups cherchent financement

Autre segment à potentiel, l’investissement dans les petites structure. Mêmes si le nombre des startups africaines reste encore minime à l’échelle mondiale, elles sont de plus en plus nombreuses sur le continent. En 2016, le nombre de startups africaines spécialisés en technologie ayant bénéficié d’une levée de fonds était en hausse. Les événements et les concours se multiplient (Startup of the year, Prix de l’innovation), tout comme les labs et incubateurs (le CTIC à Dakar ou le CIPMEN au Niger). Pourtant, le financement private equity consacrée aux startups reste encore faible :

« Naturellement, ce segment d’investissement présente beaucoup plus de risque et des coûts de gestion relatifs probablement plus élevés. Cependant, le potentiel de croissance est aussi bien plus important. Chez Partners, nous essayons de résorber ce fossé entre le besoin terrain et l’offre de financement existante en capital risque. »

Les talents sont difficiles à trouver

Le manque de qualification reste un frein important pour les entrepreneurs. Comme le prévoie la Banque Mondiale, l’Afrique subsaharienne comptera, dans les vingt prochaines années, plus de main-d’œuvre que l’ensemble du reste du monde. Les gouvernements vont donc devoir investir dans l’éducation, pour que les formations s’adaptent aux exigences des marchés. Cette nouvelle population en âge de travailler doit pouvoir accéder à des emplois bien rémunérés.

« (L’entrepreneur) se rendra compte très rapidement, à travers ses premiers recrutements, du déficit dans l’éducation et de la difficulté de trouver des employés qualifiés avec une culture de la performance déjà développée. Il devra donc rivaliser d’ingéniosité pour pallier ces contraintes de marché. »

Le Sénégal connait par exemple une pénurie des développeurs, qui impacte directement l’écosystème des TIC et ralentit son développement. Les meilleurs éléments sont souvent pris d’assaut par les entreprises européennes ou marocaines.

Des politiques d’accompagnement à développer

Il reste encore beaucoup à faire dans l’accompagnement des entrepreneurs, dans le montage de leur projet et leur recherche de financement. Les petites entreprises ne sont pas assez attractives pour les investisseurs recherchant un fort potentiel d’expansion. De l’autre côté, elles n’ont pas accès au crédit bancaire.

« La spécificité africaine, partagée par de nombreux pays du continent, est le manque criant de “rationnel” dans les politiques d’accompagnement des entrepreneurs. Entreprendre en Afrique est donc une aventure dans laquelle le porteur de projet est seul. Il devra déployer son projet à bout de bras. »

Des zones d’investissement hétérogènes

Il est essentiel de rappeler que l’Afrique avance sur plusieurs vitesses, le marché de l’investissement reste donc hétérogène. La diversités des zones d’investissement constitue d’ailleurs l’une des spécificités du continent, et l’un de ses défis. Les situations économiques et politiques ne permettent pas de faire des généralités :

« L’Afrique Australe et l’Afrique de l’Est semblent clairement se démarquer, tant sur la profondeur de l’offre financière que sur le volume de deals. En Afrique de l’Ouest, le Nigéria attire beaucoup plus que les autres pays, du fait de son potentiel. La taille du marché et la culture des affaires sont des avantages comparatifs. Ceci-dit, la crise économique et financière que connaît le pays tend à considérablement ralentir les investissements. La bourse de Lagos a notamment connu cette année un très fort ralentissement dans le volume des investissements étrangers.

Enfin, les zones francophones UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) sont encore des marchés relativement peu compétitifs et peu connus des systèmes financiers internationaux. Les quelques acteurs présents dans ces zones animent le marché, mais les opportunités présentes restent encore une demande de startups très “locales” dans leur business modèle. Les marchés locaux étant trop petits, cela limite le potentiel et notamment la capacité pour l’investisseur à sortir de ses positions à maturité. »

A propos de Pulsar Partners

Pulsar Partners est un investisseur rationnel et opportuniste, qui propose à ses partenaires financiers des solutions de placement à haut rendement sur des maturités relativement courtes. La société oriente sa stratégie autour de deux véhicules d’investissement, Pulsar Capital Investment dédié à l’immobilier ) et Figa Investment Limited dédié aux startups en phase d’amorçage.

Pulsar Partners développe en ce moment même sa première vague d’investissement immobilier, à travers le projet Olympe. Via ce premier projet, l’entreprise a financé plusieurs actifs immobiliers qu’elle est en train de liquider pour une seconde vague d’investissement. Pour les quatre ans à venir, Pulsar Partners prépare ses premiers investissements sur des projets logistiques proches de la gestion immobilière, avec des vagues d’investissement sur des maturités plus longues.

Le fond d’investissement travaille au développement de ses activités en private equity, avec des opportunités en amorçage, voire en “early développement” sur des cibles en priorité technologiques, mais reste cependant ouvert à toutes les opportunités.

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A propos de l'auteur /

morgane@sekou.org

<p>Après plusieurs années dans les RH, j’ai développé un sens relationnel aigu et une réactivité à toute épreuve. Curieuse invétérée qui s’émerveille d’un rien, j’ai pris le virage du digital à travers la création de contenus web et le social media. Mes domaines de prédilection : l’art, les nouvelles technologies, l’environnement et la photo.</p>

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