Écosystème startup en Afrique : Interview d’Alisée de Tonnac, CEO de Seedstars

Alisée de Tonnac, CEO et co-fondatrice de Seedstars

Si vous cherchez à en apprendre plus sur l’écosystème des startups dans les pays émergents, Alisée de Tonnac est l’une des personnes les mieux placées pour en parler. Du haut de ses 29 ans, cette globetrotteuse dirige en effet la société Seedstars, qui repère les startups les plus prometteuses, à travers une soixantaine de compétitions locales dans le monde.

Le concours final, le SeedStars Summit, récompense le grand gagnant avec un financement pouvant aller jusqu’à 500 000 $. La 4ème édition a eu lieu le 6 avril dernier à Lausanne.

Il faut multiplier les success stories pour convaincre les investisseurs locaux.

1. Alisée, vous êtes co-fondatrice et CEO de Seedstars World. Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis née en France, mais j’ai vécu à l’étranger toute ma vie (Singapour, Etats-Unis, Suisse, Italie et plus récemment, Nigeria !). Après mon bachelor à HEC Lausanne, en Suisse, j’ai obtenu ma maîtrise à l’Université Bocconi, en Italie. J’ai ensuite travaillé comme Chef de produit pour des marques de luxe, au sein du Groupe L’Oréal. J’ai rapidement connu le monde des startups durant mon expérience avec l’équipe italienne de Voyage Privé. J’ai voyagé à travers le monde pendant un an pour lancer la première édition de Seedstars World en 2013. Désormais, j’encadre l’entreprise pour l’amener à un niveau supérieur !

2. Pourquoi avoir créé SeedStars ? Quel est votre moteur ?

Nous voulions connecter, construire et investir dans les meilleurs talents à travers le monde. C’est seulement l’année dernière que nous avons été capables de clarifier notre vision. En définitive, nous voulons avoir un impact positif sur la vie des gens dans les marchés émergents. Et nous croyons que les deux puissants moyens d’y parvenir sont l’entrepreneuriat et la technologie. Notre moteur aujourd’hui,  c’est de voir que nous pouvons embaucher des collaborateurs grâce à nos ambitions et nos rêves. C’est le plus gratifiant.

3. A travers les compétitions locales Seedstars, quelles sont les tendances que vous voyez émerger en Afrique ?

Lorsqu’on parle de l’Afrique, il faut bien sûr aborder l’économie mobile, qui n’est d’ailleurs pas une tendance mais une situation « par défaut ». Elle résulte du fait que tout le monde possède un téléphone mobile basique (qui deviendra en outre un smartphone dans quelques années), mais tout le monde n’a pas nécessairement accès à un réseau. A ce titre, nous découvrons des business models très intéressants autour de l’énergie et de la connectivité.

En raison du succès du M-PESA (système de micro financement et de transfert d’argent par téléphone mobile, M pour mobile et pesa pour “argent” en swahili, ndlr) et du paiement mobile en général, on observe une tendance forte en finTech (financial service) ainsi qu’en insurTech (assurance), à travers le continent.

Pour finir, de plus en plus d’entrepreneurs s’attaquent aux principales difficultés locales. Du transport à la logistique (plus de 4 milliards de personnes n’ont pas encore d’adresse physique), des cleanTech (éco-technologies) à l’agriTech (agriculture) en passant par la healthTech (santé) et l’edTech (éducation).

4. Seedstars Africa s’est tenu en décembre dernier à Kigali, au Rwanda. Quels sont les enjeux actuels pour les startups africaines ?

Certains obstacles sont partagés par de nombreux écosystèmes moins matures, comme une certaine culture de l’échec qui est encore taboue. Il y a d’incroyables talents dans le monde, mais ils n’ont pas le même accès à l’éducation et aux infrastructures pour construire leurs entreprises et surtout, pour les faire grossir.

Il manque aussi des investisseurs qualifiés. Des réseaux de business angels et de VC commencent à se créer mais il reste encore beaucoup à faire et, dans la plupart des régions, la majorité des investissements sont étrangers.

Il faut également multiplier les success stories, pour convaincre les investisseurs locaux des opportunités d’investissement technologique. Dans certains écosystèmes du continent, les entrepreneurs ne pensent pas assez grand. Enfin, les instabilités politique et économique liées à certaines régions peuvent être un dernier obstacle de taille pour les entrepreneurs.

5. Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite entreprendre un projet innovant ?

D’abord, entourez-vous des meilleurs. Au moment de choisir votre associé(e), concentrez-vous sur ses valeurs et pas uniquement sur ses compétences. Apprenez aussi à dépasser votre zone de confort, comme on dit : « Get comfortable being uncomfortable« . Développez également votre endurance : “No pain, no gain”, habituez-vous à échouer pour mieux apprendre de vos erreurs.

Sachez aussi apprécier l’effort que vous fournissez. Atteindre votre objectif doit juste rester une motivation, et non une fin en soi. Coupez-vous autant que possible du brouhaha et de l’énergie négative. Et pour finir, passion, passion, passion !

La compétition locale Seedstars Africa
La compétition locale Seedstars Africa

6. Quels sont vos projets, en cours ou à venir ?

Il y en a tellement ! Après avoir travaillé dur durant les quatre dernières années dans la construction de la plate-forme et du réseau Seedstars World, nous élargissons maintenant nos activités d’investissement. Au cours des deux prochaines années, nous avons l’objectif d’ouvrir nos Seedstars Academies dans 15 différents lieux et d’investir dans plus de 50 sociétés de haute technologie, par le biais de nos différents fonds régionaux.

Nous allons bien sûr continuer d’élargir la compétition Seedstars World, qui atteindra probablement plus de 80 villes d’ici la fin 2017. Et nous allons également ouvrir 15 espaces de coworking et de coliving à travers le monde.

7. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Si vous ne croyez toujours pas au potentiel et aux opportunités des marchés émergents, venez voir par vous-même et participez au Seedstars Summit ! Les investisseurs intéressés par des opportunités en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine ou en Asie peuvent me contacter directement : alisee@seedstarsworld.com.

A propos de Seedstars

« Ils ont essayé de nous enterrer, ils ignoraient que nous étions des graines », proverbe mexicain.

Seedstars est un groupe d’entreprises suisses qui a pour mission d’influencer la vie des populations dans les marchés émergents, grâce à la technologie et à l’entrepreneuriat. Pour ce faire, Seedstars relie les parties prenantes de ces écosystèmes, construit des entreprises à partir de zéro avec des partenaires publics et privés et investit dans des startups à forte croissance. 

Par le biais de différentes activités d’accompagnement au démarrage, de création d’entreprises et de programmes d’accélération, l’équipe a maintenant accès à un grand réseau d’entrepreneurs, investisseurs, incubateurs, sociétés et représentants gouvernementaux de plus de 60 pays.

Le groupe Seedstars comprend :

  • Seedstars World un concours mondial de startups, identifiant – dans plus de 60 marchés émergents – les meilleurs talents de ces régions
  • Seedstars Academy, un programme de six mois pour former les entrepreneurs locaux aspirants à la création                       d’entreprises durables.
  • Seedstars Growth, un programme d’accélération virtuelle de trois mois
  • Seedspace, un réseau de co-working et co-living présent dans plus de 25 pays, pour une communauté de “change           makers”.
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A propos de l'auteur /

morgane@sekou.org

<p>Après plusieurs années dans les RH, j’ai développé un sens relationnel aigu et une réactivité à toute épreuve. Curieuse invétérée qui s’émerveille d’un rien, j’ai pris le virage du digital à travers la création de contenus web et le social media. Mes domaines de prédilection : l’art, les nouvelles technologies, l’environnement et la photo.</p>

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