« En Afrique, l’accès à l’énergie doit être une volonté commune » Nafi Gueye de Little Sun

Nafi Gueye, Chargée de développement pour Little Sun

L’accès à l’électricité est un droit fondamental, indispensable à l’amélioration du niveau de vie des populations. Pourtant, la précarité énergétique touche encore plus d’1,3 milliard de personnes dans le monde.

Depuis 2012, Little Sun développe des produits solaires pratiques et durables. L’entreprise tient à faciliter l’accès à l’énergie solaire, notamment en zones rurales. Nafi Gueye, Chargée de développement pour le Sénégal, nous partage son regard sur la question de l’accès à l’électricité, au Sénégal et en Afrique.

Nafi Gueye est originaire du village de Koussanar, dans la région de Tambacounda. Après des études en Droit, puis en Marketing et Communication à Dakar, elle travaille pour différentes sociétés, avant de rejoindre l’association internationale MakeSense. Depuis 2015, Nafi développe le réseau Little Sun au Sénégal.

Little Sun a un réel impact positif sur la vie de la population et participe également à la protection de l’environnement.

L’ACCÈS À L’ÉNERGIE : UN DROIT FONDAMENTAL

L’accès à l’énergie est un droit fondamental et universel, parce qu’il permet aux populations d’accéder à d’autres droits fondamentaux comme l’éducation, la santé ou la sécurité. Pourtant, 1,3 milliard de personnes en sont encore privées, dont 650 millions se trouvent en Afrique.

Le manque total d’électricité ou l’accès à un réseau peu fiable poussent ces populations à se tourner vers des solutions de dépannage, souvent polluantes, à risque et parfois plus coûteuses :

“Cette partie de la population laissée en rade cherche des solutions qui ne sont pas forcément les meilleures. Parmis ses solutions, l’utilisation de produits qui fonctionnent grâce aux énergies fossiles et qui nuisent à leur santé, à leur sécurité et surtout, à l’environnement.”

La lampe solaire de Litlle Sun
À la maison, l'éclairage solaire permet aux enfants d'étudier, même après la tombée du jour.

En octobre dernier, le Sénégal inaugurait la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest (75 000 panneaux photovoltaïques). Il faut dire que 45% des sénégalais n’ont pas accès à l’électricité, principalement en zones rurales. Si la population aussi se tourne de plus en plus vers les énergies renouvelables et que davantage d’entreprises proposent des solutions solaires, le problème de l’accès demeure :

“Les personnes qui n’ont pas accès à l’éclairage vivent en majorité en campagne. Ils ont déjà du mal à subvenir aux besoins de leur famille. Comment pourraient-ils alors penser au solaire ? Il devient urgent de trouver une solution durable et les petits produits comme ceux de Little Sun sont un bon début, si les institutions nous aident dans le processus de distribution.”

Si la centrale solaire de Bokhol, dans le Nord du Sénégal, est un grand pas vers l’autonomisation énergétique, force est de reconnaître qu’elle ne répond pas dans l’immédiat aux besoins en électricité des populations rurales.

LES PRODUITS SOLAIRES DE LITTLE SUN : UNE SOLUTION PROPRE ET ACCESSIBLE

Créée en 2012, Little Sun est une entreprise d’énergie solaire allemande, fondée par l’artiste Olafur Eliasson et l’ingénieur Frederik Ottesen. L’entreprise développe des produits solaires au format pratique, simple à utiliser et à transporter, comme la  petite lampe en forme de fleur ou le chargeur de téléphone.

“L’accès aux énergies renouvelables aide beaucoup de ménages à faire des économies sur leurs dépenses en éclairage; à limiter les risques d’incendie et à réduire l’émission de gaz carbonique. C’est une action qui a réel impact positif sur la vie de la population et qui participe également à protéger l’environnement.”

Toute l’originalité de Little Sun repose dans son modèle économique. Les produits sont vendus à un prix plus élevé en Europe ou aux Etats-Unis afin d’être proposés à un prix abordable dans 12 pays africains, dont le Sénégal. Initialement destinés aux zones rurales, il existe aussi une demande en zone urbaine, où beaucoup de quartiers n’ont pas de système électrique fiable.

LA NÉCESSITÉ DE PRODUIRE DE L’ÉNERGIE LOCALE ET RENOUVELABLE POUR TOUS

Entre le taux d’ensoleillement, la biomasse ou les énergies marines, le potentiel énergétique de l’Afrique est énorme. Pour Nafi Gueye, cela ne fait aucun doute : la réponse au déficit énergétique se trouve dans le développement de solutions locales.

Le solaire est sans conteste un secteur d’avenir pour le continent et attire les grands acteurs internationaux du secteur de l’énergie. Engie, Total ou Scheider Electric, pour ne citer qu’eux, sont déjà présents sur le marché du solaire dans les pays émergents. Au risque de cannibaliser les initiatives locales ?

“J’aimerais voir ces grandes entreprises financer les petits entrepreneurs qui peinent à avoir les fonds nécessaires pour développer leurs recherches ou mettre en oeuvre leur projet dans les énergies renouvelables. L’accès à l’énergie ne devrait pas être une compétition où chacun cherche à être en haut du podium. Mais plutôt une volonté commune pour réussir le pari du développement durable des énergies renouvelables et de son accès pour tous !”

Lampe solaire de Little Sun
L’accès à l’énergie doit être un levier de développement économique et social.

“Comment un pays peut-il développer un secteur s’il n’a pas de personnes formées pour le faire ? Jusqu’à présent, je n’ai noté la présence d’aucun Centre de formation en énergies renouvelables au Sénégal. Il faudrait peut être commencer par là.”

Pour relever le défi de l’accès à l’énergie, le soutien des pouvoirs publics est un facteur clé de succès. Leur capacité à créer un cadre favorable au développement des solutions locales peut prendre différentes formes : sensibiliser de la population aux énergies renouvelables, offrir des formations adaptées, faciliter l’accès au financement…

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A propos de l'auteur /

morgane@sekou.org

<p>Après plusieurs années dans les RH, j’ai développé un sens relationnel aigu et une réactivité à toute épreuve. Curieuse invétérée qui s’émerveille d’un rien, j’ai pris le virage du digital à travers la création de contenus web et le social media. Mes domaines de prédilection : l’art, les nouvelles technologies, l’environnement et la photo.</p>

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