Citytaps mise sur des compteurs connectés et le micropaiement pour favoriser l’accès à l’eau courante

Dans le monde, près d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable à domicile. Parmi elles, 88% résident en ville. Les difficultés d’accès à l’eau courante poussent les foyers les plus défavorisés à se tourner vers des services alternatifs, moins sains et plus chers.

Grâce à des compteurs d’eau connectés qui intègrent le micropaiement, l’entreprise CityTaps a commencé à équiper les foyers de Niamey, au Niger. Nous avons échangé avec Grégoire Landel, son fondateur et CEO.

Nous voulons permettre à toutes les populations urbaines d’avoir accès à l’eau courante à domicile.

ENTRE STRESS HYDRIQUE ET RESSOURCES SOUS EXPLOITÉES

Un tiers de la population africaine n’a pas accès à l’eau potable. L’Afrique est en effet le continent où l’accès à une eau de qualité est le plus limité. Selon le 4e rapport ONU-Unesco sur l’eau, « à peine 60% de l’Afrique sub-saharienne est alimentée en eau potable ».

Pourtant, le continent ne manque pas d’eau. L’Afrique dispose en effet d’importantes ressources hydriques dans son sous-sol (environ 660 000 kilomètres cubes de réserves d’eau). Cette disponibilité masque une réalité plus nuancée et des situations hétérogènes. En Afrique équatoriale, le fleuve Congo constitue par exemple une ressource considérable. A l’inverse, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest connaissent un stress hydrique préoccupant, comme le Burkina Faso, le Niger ou le Togo.

Un tiers de la population africaine n’a pas accès à l’eau potable, soit 330 millions de personnes.

Au-delà de la disponibilité des ressources, c’est surtout le manque d’infrastructures de distribution et d’assainissement qui complique l’accès à l’eau potable. Certaines nappes enfouies en profondeur rendent en effet le forage complexe et coûteux. Grégoire Landel explique :

“Quand on parle des problématiques d’accès à l’eau, on distingue en réalité trois degrés. Les populations qui n’ont pas du tout accès à l’eau, celles qui ont accès à une source d’eau améliorée et enfin, les personnes qui bénéficient de l’eau à domicile. C’est justement notre objectif chez CityTaps.”

Une femme achète de l’eau auprès d’un livreur d’eau de Niamey pour 15 fois les tarifs réglementés. ©CityTaps

L’ACCÈS À L’EAU POTABLE DANS LES VILLES AFRICAINES

Le taux d’urbanisation actuel des villes en Afrique est le plus élevé au monde. A l’horizon 2030, plus d’un Africain  sur deux résidera en zone urbaine. Or, le nombre d’urbains qui n’ont pas accès à l’eau est passé de 111 millions à 149 millions entre 1990 et 2012 selon l’ONU.

Au cours des 20 prochaines années, les villes africaines recevront 300 millions de nouveaux habitants.

La pression se situe d’abord au niveau des infrastructures. Le manque de fonds alloués et le manque d’équipements permettant d’alimenter les populations urbaines font partie des multiples problèmes liés à l’accès à l’eau potable.

Mais la pression se situe aussi au niveau des opérateurs d’eau. En effet, ces derniers, alors qu’ils doivent financer l’assainissement et l’entretien de leurs réseaux, font face aux difficultés financières des foyers. Le recouvrement des dettes des abonnés coûte cher et les coupures d’eau aggravent la précarité des foyers les plus défavorisés .

Résultat : comme pour l’accès à l’énergie, les personnes se tournent vers des substituts souvent moins sains, peu fiables et plus chers sur le long terme, comme les livreurs d’eau ou les pastilles de chlore.

Les femmes et les filles sont les principales concernées. “Elles passent en tout plus de 200 millions d’heures à aller chercher de l’eau chaque année et 443 millions de jours de scolarité sont perdus en tout par an pour cause de maladie. Les populations subissent donc une triple taxe : en temps, en argent et en santé.”

Après l’installation du compteur CTMeter, un foyer accède à l’eau courante. ©CityTaps

LES COMPTEURS D’EAU CONNECTÉS DE CITYTAPS

C’est un lien familial et profond que Grégoire Landel entretient avec l’Afrique. Après avoir vécu en Côte d’Ivoire et en Libye, ce franco-américain a travaillé et voyagé dans près d’une vingtaine de pays à travers le continent. “Je pense humblement avoir conscience de la diversité des Afriques

Au cours de ses missions et voyages, il se confronte aux difficultés d’accès à l’eau des populations. “Au début, je pensais utiliser le microcrédit pour faciliter l’acquisition d’un branchement. En réalité, cela ne faisait que déplacer le problème. Si le foyer n’a plus d’argent, il ne pourra plus payer ses factures et sera coupé. J’ai donc voulu supprimer les factures impayées.

CityTaps s’attaque à ce qu’on appelle le problème du “dernier mètre” (last mile problem). L’entreprise facilite en effet l’accès à l’eau courante pour les populations urbaines qui n’ont pas les moyens de se raccorder aux infrastructures existantes.

Dans les coulisses de la fabrication des compteurs intelligents de CityTaps ©CityTaps

Grâce à  un compteur d’eau connecté qui intègre le pré-paiement par mobile (le CTMeter), une famille peut acheter un, deux, dix mètres cubes d’eau, selon ses ressources financières disponibles. Le foyer gère ainsi plus facilement son budget et il n’y a plus de factures impayées.

L’objectif de Grégoire Landel, c’est aussi de soutenir les opérateurs d’eau  pour leur permettre d’étendre plus rapidement leurs réseaux. “Nous voulons participer à créer un cercle vertueux où l’opérateur aura les moyens d’investir pour servir la population et résoudre les problèmes actuels.”

CityTaps a déjà installé ses compteurs connectés dans 135 foyers de Niamey au Niger, en partenariat avec Véolia. Lauréate de plusieurs distinctions (Vivatech Positive Impact Challenge, Digital Africa ou le Grand Prix iLab pour ne citer qu’eux), la startup y installe actuellement 1 325 compteurs pour permettre à plus de 10 000 personnes d’avoir accès à l’eau courante à domicile.

CONSEIL AUX ENTREPRENEURS : LE MOT DE GRÉGOIRE LANDEL

“Faites quelque chose d’important pour vous. Les personnes autour de vous le sentiront et auront envie de vous soutenir. Vous devez être sincère dans votre engagement, c’est essentiel.

Pour cela, il faut savoir qui on est. Quand on est entrepreneur, on pense beaucoup à ce qu’on fait et pas assez à qui on est. Ce n’est pas facile, surtout pour un ingénieur comme moi. On ne nous a pas formé pour réfléchir à qui on est, pour pratiquer l’introspection. C’est pourtant votre engagement personnel qui fera la différence.”

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A propos de l'auteur /

morgane@sekou.org

Après plusieurs années dans les RH, j'ai développé un sens relationnel aigu et une réactivité à toute épreuve. Curieuse invétérée qui s’émerveille d’un rien, j'ai pris le virage du digital à travers la création de contenus web et le social media. Mes domaines de prédilection : l’art, les nouvelles technologies, l’environnement et la photo.

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